Alexandre Caldara

Dans la famille de l’émacié on travaillait le bois, se plantait des échardes, s’esquintait. Sans volonté l’émacié aidait, faisait mine d’aider. Du bois il aimait l’odeur et le copeau. Il caressait longtemps sa peau. Comme les zincs des bars hongrois.

 Dans la ville de Suisse romande proche de son village, il parlait à certaines femmes, après les avoir longtemps observées, il s’adressait à elles avec brusquerie et ironie. Il voulait comprendre leur pâleur, leur amertume. Il ne cherchait pas leur rire.

 Mais il pouvait parler de parfum et d’étoffe, du numéro gravé sur la plaque d’une maison, du côté impair des rues. De la gravité du battement d’aile d’un rouge-gorge. De l’imbécilité d’une sentinelle. De la mie de pain creusée avec la paume.

 Les femmes ne se moquent pas de lui, se méfient juste un peu.

Tiré de "l’émacié"
Editions Samizdat, 2015

 

Last update: Sunday, February 26, 2017
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