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L'origine

Faut-il remonter si loin?

3 septembre 1942: deux petites filles naissent au matin dans une ville ouvrière de Suisse romande.

Elles grandissent entre lac et Jura.
Leur mère raconte des histoires pour les endormir ou les encourager à manger leur semoule.
Leur père est typographe. Il rapporte parfois à la maison un livre qui sent l'encre fraîche.

Très tôt les jumelles découvrent que les mots qui tombent de la bouche finissent parfois par se coucher sur le papier.
A 9 ans, d'une écriture appliquée, Denise recopie dans un cahier vert les aventures du " Fils de la Forêt" qu'elle a imaginées tandis que Claire les illustre de dessins à l'encre de Chine rehaussés d'aquarelle orange.

Premier livre à deux.
Premier samizdat.

Le mot samizdat


Début des années soixante à Lausanne.

Claire se juche sur un haut escabeau des Beaux-Arts et Denise, sur les bancs de l’Ecole Normale, rencontre les poètes par la voix de Jean-Pierre Schlunegger.
Certains vivent tout près : Roud, Chappaz. On peut leur rendre visite.
D’autres chantent dans les petits livres multicolores des éditions Seghers : Cadou, Rilke, Emily Dickinson.
Le choc : apprendre qu’ écrire de la poésie peut être dangereux! Desnos, Nazim Hikmet, Yannis Ritsos, Mandelstam l’ont payé de leur vie ou de leur liberté.
En Union soviétique, de jeunes poètes ronéotypent, sur des machines à alcool, des poèmes que leurs amis se passent de la main à la main.
On appelle ces textes clandestins des samizdat.
Pour Denise, le mot clignote, rouge. Reste en attente dans sa mémoire, braise ou luciole. Beaucoup plus tard, elle partagera son éclat mystérieux avec sa soeur.

En 1992, quand il faudra nommer le rêve d’éditer, c’est ce mot qui s’imposera.

La poésie n’est pas près de mourir !


Un jour de l’année 1992, Nicolas Béroud de l’imprimerie du Cachot au Grand-Saconnex déversait sur mon tapis 300 exemplaires d’un petit livre vert au nom étrange : « Dschember Schamblin ». Ni lui ni moi ne pensions alors que les éditions Samizdat étaient en train de naître.

En 2010 il me livrait la troisième édition du même recueil !
Entre ces deux moments, dix-huit ans ont passé. C’est cet anniversaire que nous fêtons ce soir : celui de la majorité ?

Vendredi 5 novembre 2010, sous le lustre de la Villa Dutoit à Genève, Denise Mützenberg, face au nombreux public rassemblé, introduisait ainsi la soirée avant d’enchaîner avec la lecture d’un des poèmes romanches de « Dschember Schamblin » :

Scha l’rumantsch mour ün di
vo no savarat nöglia…

Puis elle a traduit :

Si le romanche meurt un jour
Vous n’en saurez rien
vous, les rhododendrons
les lis, les myosotis
ni vous les saxifrages
Rien !
Les gens trouveront bien
d’autres mots pour vous nommer
Mais le monde ne sera plus
aussi riche
aussi plein
Sa chanson sera blessée
voix d’une guitare fissurée

Puis elle a poursuivi :

Et si la poésie venait à disparaître, vous en apercevriez-vous ?
Peut-être pas. Mais ne resterait plus autour de nous que le tintamarre des moteurs et le vide des discours creux.
Nous n’entendrions plus battre le cœur du monde.

Osons cette conclusion : ni le romanche ni la poésie ne sont près de mourir !

Les éditrices

Last update: Wednesday, March 16, 2011
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